MAVRIGI
Ensemble musical d’Ouzbékistan

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Sous la direction du metteur en scène turkmène Ovlyakuli Khodjakuli, le groupe Mavrigi se compose de musiciens et danseurs de Boukhara (Ouzbékistan). Mavrigi est un style musical qui combine des danses de Boukhara, des chants et un folklore musical datant des 19ème et 20ème siècles. Les magnifiques danseuses tournent et déambulent devant les chanteurs accompagnant les voix masculines et les doyras (percussion – tambour sur cadre) et jaillissent dans une danse impromptue. Une caractéristique distinctive de la danse ouzbèke est le mouvement des bras : ils se plient et se déploient dans des mouvements incroyablement souples, comme s’ils étaient désossés.

Contexte/Héritage historique

Après des décennies d’occupation russe, puis soviétique, les chants traditionnels ouzbeks ont subi de nombreuses mutations, voire pour certains ont disparu des pratiques populaires, remisés au silence par le pouvoir soviétique avide d’imposer sa culture et sa politique. C’est grâce au travail incroyable d’Ovlyakuli Khodjakuli, que l’on peut aujourd’hui découvrir ce style musical et spirituel unique, proposé ici dans sa forme la plus pure. La volonté d’Ovlyakuli Khodjakuli de refaire naître ce style musical n’est certainement pas un hasard. En effet, Mavrigi fait vraisemblablement référence à l’ancienne cité de Merv, territoire aujourd’hui situé au Turkménistan, dont est justement originaire le metteur en scène. Mavrigi est également une magnifique représentation de la riche mixité culturelle et ethnique opérée en Asie centrale.

Mavrigi est un cycle de chants traditionnels rythmés par la doyra, qui se développèrent de manière intensive dans le Boukhara du 19ème et début 20ème siècle. Il se compose de trois parties. Les chants de la première partie, dite Shakhd, commence par de lents pleurs bouleversants, qui ensuite se transforment en improvisation. Le chant, qui a son propre tempo intérieur, fait penser à un petit poème. Dans son genre lyrique et dramatique, il atteint une fusion harmonique unique. Une fois bien amorcé, le chant se transforme graduellement en un début d’ascension émotionnelle. La seconde partie appelée « Tarakkiyot » est interprétée d’une manière plus saccadée et impulsive. La structure des chants est pure et mélodieuse. La structure vocale est laconique. Les mélodies de cette partie excitent et renforcent un état émotionnel exacerbé. La dernière partie, point culminant nommé « Pirovard », est amenée comme une exultation de la spiritualité, lorsque la perception individuelle du monde atteint l’harmonie et l’unité absolue avec l’univers.

Le terme de mavrigi provient du mot mavri, utilisé en respect aux Iraniens installés à Boukhara à différentes périodes et de diverses régions du Khorasan, principalement de Merv (aujourd’hui renommé Mary au Turkménistan). La créativité musicale des Iraniens a conquis rapidement les habitants de Boukhara, métamorphosant sous leur influence les cultures locales. Le résultat de cette syncrétisation est l’apparition d’un nouveau genre musical qui se joint au folklore musical déjà existant de Boukhara.

L’art du Mavrigi fut perdu pendant longtemps, et ce n’est qu’au début du 21ème siècle qu’il acquière un nouveau souffle. Les ethno-musicologues ont réussi à réanimer un auditoire harmonieux d’Iraniens de Boukhara, qui ont fait revivre le style « mavrigi » et ses répercussions sont toujours existantes : mélodies et textes restent dans la mémoire des chanteurs. Il fut certainement nécessaire de collecter avec soin les éléments éparpillés, de restaurer les fragments perdus pour s’assurer avec précision des sons des mélodies ayant survécu. La restauration a pu être possible grâce au soutien de la Coopération suisse en Ouzbékistan.

Ovlyakuli Khodjakuli

Ovlyakuli Khodjakuli est un metteur en scène dramaturge indépendant.
Il a travaillé dans de nombreux théâtres du Turkménistan, d’Ukraine, du Kirghizstan, du Kazakhstan, de Russie, France, Suisse et Ouzbékistan.
De 1986 1990, il fut le directeur artistique du Théâtre de Chordjou (Turkménistan).
De 1991 à 1993, il fut le directeur artistique du Studio-Théâtre et du Théâtre de la Jeunesse à Achgabad (Turkménistan).
De 1996 à aujourd’hui, il est le directeur artistique du Théâtre-Studio « Eski Masjid » de la ville de Karshi (Ouzbékistan).

Le théâtre d’Ovlyakuli Khodjakuli est un phénomène paradoxal de l’ancien espace post-soviétique d’Asie centrale. La combinaison entre savoir-faire de l’école dramatique russe et influences étrangères tardives sur l’image artistique du théâtre est totalement libérée des œillères idéalisées de la période soviétique. Ovlyakuli Khodjakuli n’a pas perdu sa passion sincère pour une véritable recherche artistique du théâtre dans ces temps de trouble et est devenu l’un des metteurs en scène les plus en vogue en Asie centrale. Son théâtre n’est pas à la recherche d’objectifs mercantiles, pragmatiques ou encore temporaires, mais fidèle à des idées universelles et éternelles, faites de passions et de sentiments…

Les instruments

• doyre (tambour sur cadre) 
• daf (grand tambour sur cadre persan)
• dotâr (long luth à deux cordes)
• satô/tambûr (luth à long manche)
• ghijak (vièle à pique)
• rubab (luth à manche court)
• violon

fragonard Spectacle réalisé grâce au généreux mécénat de la Maison Fragonard.