OFRENDA
Le souffle de l’ancien et du nouveau monde

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Pierre Hamon

Après des études scientifiques supérieures, validées par un diplôme dʼingénieur physicien de lʼinstitut dʼoptique de Paris-Orsay, il se consacre finalement à sa passion de toujours, la musique, commencée en autodidacte à lʼadolescence, armé dʼune flûte à bec.
Lors de ses études parisiennes, il suit les master classes de Franz Bruggen puis part se perfectionner auprès de Walter Van Hauwe à Amsterdam.
Fasciné par la musique médiévale, il sʼintéresse de près à la cornemuse, aux flûtes doubles, à lʼassociation flûte à 3 trous et tambour et tout naturellement à leurs corollaires dans les musiques traditionnelles.
En 1998, il devient disciple du Pandit Hariprasad Chaurasia, Grand Maître de la musique hindoustanie et de la flûte Bansuri.
Sa perpétuelle recherche des gestes et sons fondamentaux de lʼhumanité le mène vers lʼunivers fascinant des flûtes précolombiennes et des traditions amérindiennes.
Une quête sans fin qui se traduit par un instrumentarium digne dʼun musée, à la différence près que Pierre Hamon lui insuffle la vie.
Après avoir participé avec les Arts Florissants (Atys, Médée), lʼensemble Gilles Binchois, au renouveau de la musique ancienne, il est depuis 1994, le collaborateur privilégié et fidèle de Jordi Savall, enregistrant et se produisant à ses côtés dans le monde entier.
Co-directeur avec Brigitte Lesne de lʼensemble Alla Franscesca, il enregistre avec cet ensemble une quinzaine de Cd.
Il se consacre depuis 2007 avec le chanteur Marc Mauillon à plusieurs projets autour du musicien poète Guillaume de Machaut, objets dʼenregistrements unanimement primés et salués par la critique française et internationale.
Il est musicien en résidence à La Fondation Laborie en Limousin depuis 2013.

Programme du concert

Hymne à la terre et au ciel
en forme de court prélude improvisé sur une flûte préhistorique en os de vautour (copie de la flûte en os de vautour retrouvée à Isturitz, au Pays basque -20 000 ans avant J.C.) avec vent de rhombe.

Improvisation aux flûtes de Pan en céramique « Antara Nazca »
Sur les gammes originales de la Civilisation Nazca (Pérou 20 avant J.C. / 600 après J.C.)

Flavit auster
Conductus, école Notre-Dame, Las Huelgas 13ème siècle
ou
Can l’erba Frescha
Bernard de Ventadour, 12ème siècle
Frestel (flûte de pan médiévale)

Pax in Nomine Domini
Marcabru, 12ème siècle
Flûte double médiévale

Chominciamento di gioia
Istanpitta, Italie, 14ème siècle

Los hombres con gran plazer
Anonyme, manuscrit de la Colombina, Espagne, début 16ème siècle
Flûte et tambour

Ritual 1 / Omaggio Kogui
Pierre Hamon (d’après des motifs mélodiques et rythmiques rituels des amérindiens Wiwa et Kogui de Colombie)
Kuisi (gaita femelle de Colombie)

Aa, Sumak Kancakchaska (traditionnel, Hymne au Soleil, collecté fin 19ème siècle à Huanaco, Pérou), Kena Mama
Improvisations et mélodies rituelles amerindiennes sur divers instruments des civilisations précolombiennes d’Amérique du sud :
- Petite Flûte Aztèque
- Ocarina en forme de tatou de l’ancienne civilisation du Golfe – Mexique
- Quena Chincha (flûte à encoche en céramique de la civilisation Chincha – Pérou)
- Flûte triple en forme de serpent (Mexique – Civilisation du Golfe),...

L’adieu aux guerriers
mélodie collectée par Frances Densmore (1907-1909) chez les indiens Ojibway (Chippewa)
Flûte traditionnelle des indiens d’Amérique du nord.

Khocho A Pachamama…
Hymne traditionnel Bolivien à la terre Mère, Siku (flûte de pan en roseau)

Bayle de danzantes con pifano y tamboril
Codex Trujillo , Pérou 18ème siècle

Air traditionnel des roncadores de Carhuaz, Pérou
Roncador (grande flûte à trois trous) et tambour

Ofrenda (1986)
Mario Lavista (compositeur mexicain né en 1943)
Flûte à bec ténor

Quelques mots sur les flûtes précolombiennes 

Concernant les flûtes des grandes civilisations disparues d’Amérique centrale et du sud. Les musées sont riches d’instruments en excellent état, datant parfois de 2000 ans et plus, mais dont nous ne savons plus rien quant à leur « répertoire ». Dans tout l’univers amérindien, il faut savoir oublier nos critères occidentaux pour définir le mot « musique ». Beaucoup de ces instruments avaient un usage sacré, mais pas forcément (certaines flûtes avaient probablement un usage ludique…). C’était souvent un moyen de correspondre avec les esprits, et selon les premiers ethnomusicologues ayant travaillé sur la musique des Amérindiens, beaucoup de mélodies au caractère magique sont acquises par le rêve. Cette dimension du rêve est commune à tout l’univers amérindien du Nord comme du Sud.

Certains travaux, cependant controversés, comme la thèse de Robert Murell Stevenson Music in Aztec and Inca territory nous donnent des pistes de réflexions et de recherche. Les chansons du « Cantares en idioma mexicano », notées vers 1550, c’est-à- dire seulement trente ans après la chute de l’empire Aztèque nous donnent des séries de rythmes qui pourraient bien provenir de la rythmique Aztèque, y compris des figures complexes à 17 et 22 temps, ou syllabes qui ne vont pas sans évoquer le solfège rythmique hindoustani. Nous avons également puisé dans les merveilleux collectages réalisés au début du 20ème siècle par Marguerite et Raoul d’Harcourt (La musique des Incas et ses survivances).

En ce qui concerne les indiens d’Amérique du Nord, les collectages d’ethnomusicologues comme France Densmore au tout début du 20ème siècle ont sauvé de l’oubli une quantité importante de chansons, et d’airs pour flûtes, comme le bouleversant et très ancien Adieu aux guerriers, que chantaient les femmes «Ojibway» lorsque leurs hommes partaient sur le sentier de la guerre…